La check-list

La check-list est un outil efficace, peu coûteux, et facile à mettre en œuvre qui permet d’apporter une vraie sécurité supplémentaire au processus de prise en charge.

Les ateliers pratiques de l’InterCREx 2013 à Marseille ont été l’occasion de s’essayer à la mise en œuvre de cet outil en radiothérapie, et d’éviter les travers les plus communs à son utilisation : communication non sécurisée, la traçabilité n’est pas la sécurité, trop d’items, etc

Elle doit être courte et ne porter que sur des éléments porteurs de risque. Il vaut mieux une check-list sans traçabilité mais correctement utilisée que l’inverse.

Les freins les plus courants à l’utilisation de la check-list sont le temps qu’elle demande et le sentiment d’être surveillé.

 

1. Et si on commençait par parler de la check-list au bloc opératoire

Depuis 2010 la HAS a rendu obligatoire l’utilisation de la check-list sécurité du patient au bloc. Cette action fait suite à l’expérimentation internationale de l’OMS visant à sécuriser la prise en charge chirurgicale à l’aide d’une check-list. Celle-ci s’avère facile à mettre en œuvre, peu couteuse et très efficace. Si vous voulez en savoir plus sur cette expérimentation et son implémentation en France je vous invite à lire cet article1http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1027443/qu-est-ce-que-la-check-list.

Du fait des bons résultats obtenus celle-ci a été déclinée et adaptée pour différentes prises en charge 2http://www.has-sante.fr/portail/jcms/c_1029818/les-autres-check-lists :

  • Check-list «sécurité du patient en endoscopie bronchique»
  • Check-list «sécurité du patient en endoscopie digestive»
  • Check-list «cathéters veineux centraux»
  • Check-list «sécurité du patient en radiologie interventionnelle»
  • Check-list «chimiothérapie»

Malgré que la prise en charge en radiothérapie soit considérée comme un secteur à risque par la HAS aucune check-list n’a été déclinée pour notre activité.

 

2. Quels points à checker

Une check-list efficace doit permettre de sécuriser les points critiques. Il faut qu’elle comporte peu de points pour être réalisée rapidement.

Une dérive assez commune est de vouloir y mettre trop de choses, entre autre de vouloir éliminer des points de non-qualité plutôt que de se focaliser sur les risques. L’autre erreur couramment rencontrée est de réaliser une do-list en pensant concevoir une check-list. Celle-ci ressemble alors à une succession de tâches à accomplir et s’utilise pour ne rien oublier.

 

3. Quand réaliser une check-list

3.1 L’ultime vérification

La réalisation de la check-list ne se fait jamais en même temps qu’une autre tâche, on doit s’arrêter et s’y consacrer entièrement. Idéalement elle est à réaliser au moment où l’on ne peut plus revenir en arrière, au moment de point de non-retour c’est à dire lorsque l’on réalise un acte qui ne pourra plus être supprimé (ex : administration d’un traitement de radiothérapie, administration d’un médicament, etc.). Avant cela tout peut être corrigé et rattrapé si un problème est détecté. Une fois la séance de radiothérapie lancée il n’y a pas de retour en arrière possible, chaque Gray administré ne peut être supprimé, c’est donc à ce moment précis qu’il faut être sûr de ce que l’on fait. On comprend bien ici que cette check-list est à réaliser par les manipulateurs au poste de traitement, mais il existe de nombreuses étapes où elle peut être utilisée.

3.2 Réaliser une check-list à l’interface de deux processus :

On peut tout aussi bien réaliser une check-list lors de la transition entre deux processus de la préparation du traitement, par exemple entre la prescription par le radiothérapeute et le calcul du traitement par le dosimétriste ou le physicien. Il y a un gain évident à sécuriser les interfaces car elles sont les points faibles de nos organisations.

 

4. La check-list et le modèle de Reason

La check-list n’empêche pas les erreurs de survenir mais elle constitue une barrière en profondeur efficace pour empêcher cette erreur d’aller jusqu’au bout et de finir en événement indésirable grave. La question qu’il faut donc se poser pour construire une check-list efficace serait : quels sont les événements dont je ne veux pas ? On les appelle « never events » en anglais.

En radiothérapie c’est assez simple, d’ailleurs il s’agit des critères obligatoires de notre analyse des risques à priori imposés par la décision n° 2008-DC-0103 du 1er juillet 2008 de l’Autorité de sûreté nucléaire fixant les obligations d’assurance de la qualité en radiothérapie3https://www.asn.fr/Reglementer/Bulletin-officiel-de-l-ASN/Activites-medicales/Decisions-reglementaires/Decision-n-2008-DC-0103-du-1er-juillet-2008-de-l-ASN.

Nous avons donc :

  • l’erreur de dose
  • l’erreur de volume irradié
  • l’erreur de patient (si on irradie le mauvais patient on irradie forcément le mauvais volume).

Nous devons donc nous assurer grâce à notre check-list de délivrer la bonne dose au bon patient dans le bon volume.

De la même manière nous avons les 5B emblématiques du circuit du médicament4https://www.has-sante.fr/guide/SITE/5B.htm :

  • bon patient
  • bon médicament
  • bonne dose
  • bonne voie d’administration
  • bon moment

 

5. Réaliser la check-list avec une communication croisée

Un des façons les plus efficaces de réaliser la liste de vérification est de le faire à deux, à haute voix et avec une communication croisée. C’est ainsi que la check-list de sécurité du patient au bloc doit être réalisée.

 

6. Traçabilité de la check-list

Normalement votre document doit pouvoir être tracé. Pour se faire il doit contenir les éléments permettant d’identifier le patient concerné, la date et le ou les professionnels qui réalisent la vérification. Ce document doit alors pouvoir être retrouvé dans le dossier du patient et sa durée de conservation est la même que celle du dossier patient. N’oubliez pas de l’ajouter dans vos procédures aux étapes ou celle-ci est concernée.

Cependant il faut bien distinguer deux choses : la traçabilité n’est pas la sécurité. Or ce qui nous intéresse ici, le but premier de la check-list, c’est d’améliorer la sécurité. Avec la traçabilité c’est mieux mais ce n’est pas plus sûr, et n’oubliez pas que la check-list nous vous est pas opposable en radiothérapie par les inspecteurs de l’ASN. Ils ne peuvent pas vous imposer d’en utiliser une ni même vous reprocher que celle-ci ne soit pas parfaitement tracée, etc.

 

7. Utilité et utilisation en radiothérapie

On peut se concentrer sur nos « never events » et s’inspirer de l’AMDEC ou des retours d’expérience fait dans le service ou au niveau national par l’ASN par exemple. On peut donc concentrer notre check-list sur trois axes :

7.1 Le bon patient

  • Vérification du patient installé sur la table de traitement
  • Concordance avec le dossier de traitement ouvert sur le R&V

Référence : Bulletin la sécurité du patient par l’ASN – identification du patient 5https://www.asn.fr/Professionnels/Activites-medicales/Radiotherapie/Bulletin-La-securite-du-patient/1-Identification-du-patient

 

7.2 Le bon volume

  • Vérification du côté traité
  • Validation des images de repositionnement

Référence : Bulletin la sécurité du patient par l’ASN – les erreurs de côté 6https://www.asn.fr/Professionnels/Activites-medicales/Radiotherapie/Bulletin-La-securite-du-patient/6-Les-erreurs-de-cote

 

7.3 La bonne dose

  • Dosimétrie-in-vivo
  • Correspondance UM(Unités moniteurs) calculée / UM sur le R&V

 

 

8. Modèle de check-list en radiothérapie à adapter

A réaliser avec les deux manipulateurs au poste de traitement en croisant l’information.

A la première séance d’une séquence de traitement :

  • Le côté à traiter correspond à celui inscrit sur la prescription ?
OUI NON
  • Le résultat de la dosimétrie-in-vivo ou du DQA est dans les tolérances ?
OUI NON

A chaque séance traitement :

  • Le nom, prénom et date de naissance décliné par le patient sur la table de traitement correspond à celui sélectionné sur le R&V pour la séance de traitement ?
OUI NON

A chaque faisceau :

  • Les Unités Moniteur et les caractéristiques géométriques pour le faisceau à traiter dans le R&V correspondent à ceux calculés ?
OUI NON

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Ce message a été modifié par Guillaume BILLAUD le 01/03/2019.

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Cet article a été créé par Guillaume BILLAUD le 07/03/2018.